Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

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Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par Admin le Mer 26 Mar - 17:04

Je reprends un élément posté par Claude Pyanet sur l'ancien forum...
Il s'agit d'un texte écrit par notre Consul Général qui peut être source de réflexion.
Je le reproduit dans le corps du texte de ce message...

« S’il existe en français, pour s’adresser à autrui, deux pronoms personnels de la deuxième personne, l’un au singulier, TU, l’autre ou pluriel, VOUS, appelé pluriel de politesse, c’est que notre langue se plaît à certaines nuances qui sont les bases de la civilité. Il ne s’agit pas là de code, de formalisme de classe, de snobisme, de règles mondaines, mais simplement d’usages naturels, qui se perdent et qui faisaient, entre autres, le charme et l’équilibre de la France et le plaisir d’être Français. Ce plaisir-là s’émousse. On me dira que d’autres motifs plus graves et plus irritants y concourent, d’autres lésions de civilisation, et que c’est considérer les choses par le petit bout de la lorgnette, mais dans ce seul domaine de la civilité, de petites causes peuvent entraîner de grands effets dévastateurs. La Révolution française, jusqu’à l’avènement du Directoire, savait ce Qu’elle faisait en imposant le tutoiement général et en interdisant l’emploi des vocables Monsieur et Madame qui marquaient au moins une déférence réciproque : elle égalisait au plus bas niveau, celui du plus grand dénominateur commun de la familiarité. Aujourd’hui, ce sont d’abord nos enfants que nous voyons condamnés à être partout tutoyés, comme sous la Révolution. Je ne m’en prends point au tutoiement naturel d’affection et d’intimité (la famille, les amis), ou de solidarité (les copains, les camarades,), mais à celui que leur infligent systématiquement les adultes, comme si l’enfant n’avait pas droit au respect et à la liberté de choisir selon son coeur et ses humeurs qui a, ou qui n’a pas, le loisir de le tutoyer. D’une façon significative, et qui ne doit rien au hasard, cela commence dès L’école, où plus un instituteur ne prend la peine de vouvoyer (ou voussoyer) un enfant. Au premier jour de classe, l’ex-maître devenu enseignant par banalisation de la fonction et refus de cette sorte de sacerdoce qu’elle représentait autrefois, ne demande plus à l’enfant dont il fait connaissance: « Comment vous appelez-vous ? », ce qui serait au moins du bon français, mais : « C’est quoi, ton nom ? » Sans que l’enfant en ait conscience, le voilà déjà rabaissé, marqué comme un élément de troupeau. On lui eût dit « vous » d’emblée, ainsi qu’à ses camarades, qu’ils en auraient retiré, tous ensemble, l’impression d’être considérés et appelés à de grands destins, ce qui est faux, naturellement, pour la plus grande partie d’entre eux, mais représente quand même un meilleur départ dans la vie que d’être ravalés dès l’enfance au matricule du tutoiement. Le jeune élève va être vite conditionné. Dès qu’il saura lire et écrire, ses premiers livres « d’éveil » lui poseront leurs premières questions sous la forme autoritaire du tutoiement : « Dessine ici un arbre, une vache.... » ou encore : « Ecris les noms des fleurs que tu connais »Ce n’est pas bien méchant, mais c’est ainsi que le pli se prend. Au catéchisme, devenu catéchèse, l’accueil en TU n’est pas différent, mais ses effets en sont plus marquants, car il s’agit de choses plus graves : c’est l’âme qui se fait tutoyer d’entrée. L’ouvrage « Pierres vivantes » qui fit couler tant d’encre à cause de certaines énormités qu’il contient, distille son enseignement par le biais d’une complicité, et non d’un magistère, que le tutoiement impose à l’enfant. Tout cela semble si bien admis, que c’est un aspect des choses que personne, à ma connaissance n’a jusqu’à présent souligné. On pose pour principe que l’enfant s’y trouve plus à l’aise. C’est sans doute vrai au premier degré.Cette pente-là est facile et semble toute naturelle. C’est justement pourquoi l’on devrait s’en méfier...Car dans cet immense combat de société qui divise le pays depuis déjà longtemps, et qui est loin d’être terminé, quelles que soient ses péripéties politiques, nos enfants sont un enjeu formidable : ils représentent l’avenir. Tout se tient et c’est au nom de l’égalitarisme et de l’uniformité larvée qu’on prive ainsi l’enfant de la déférence élémentaire et du respectqu’on lui doit. Le tutoiement qui sort de la bouche d’un instituteur, fût-il de L’enseignement privé, et de la plupart de ceux qui font profession de S’occuper des enfants, est d'abord un acte politique, même s’il est inconscient. Cela fait partie du dressage, et cela donne des résultats.Déjà, une bonne partie de la France adulte, et toute la France juvénile, se tutoient, dans un grand dégoulinement de familiarité, qu’on appelle aujourd’hui la CONVIVIALITÉ, mot de cuistre, alibi de cuistre, camouflage de cuistre. De la convivialité à la vulgarité, le pas est vite franchi. Dans de nombreux milieux du travail, le tutoiement devient un passeport obligatoire, dont on ne saurait se passer sous peine de déviationnisme bourgeois, alors que, chez les compagnons d’autrefois, c’était le vouvoiement qui marquait l’esprit de caste. De CASTE, pas de classe.Au sein du parti communiste, comme du parti socialiste, dans la « République des camarades », le tutoiement est de rigueur. Seul François Mitterrand y faisait exception lorsqu’il était premier secrétaire de son parti. Il détestait qu’on le tutoie, et allait jusqu’à l’interdire, ce qui montre assez bien, à mon sens, que son socialisme était seulement d’ambition et non de conviction... Mais, pour le commun des Français, aujourd'hui, il importe de ne pas être FIER, car ce mot-là, justement, par ce qu’il entraîne de dignité et de sentiment élevés, est devenu l’un des nouveaux parias de notre vocabulaire.Cela peut paraître sympathique, amical, empreint de simplicité. En réalité, ce n’est qu’un piège. Quand les convenances du langage tombent, l’individu perd ses défenses naturelles, rabaissé au plus bas niveau de la civilité.N’a pas d’autre but non plus la destruction de la langue française préparée dans les laboratoires subversifs de l’Education nationale, et dont on mesure déjà les effets... Pour ma part, j’ai été dressé autrement. Je me souviens de la voix du maître qui tombait de l’estrade : «Raspail! Vous me copierez cent fois...» ou : «Raspail! Sortez!» J’avais neuf ans. C’était juste avant la guerre, dans une école laïque de village. Plus tard, au lycée (et ce n’est pas pour rien qu’on a cassé certaines façons, là aussi), les professeurs nous donnaient naturellement du MONSIEUR sans la moindre dérision : « Monsieur Raspail, au tableau ! » On se vouvoyait entre condisciples, réservant le tutoiement à un nombre restreint de camarades choisis.Choisir, tout est là ! Ne rien se laisser imposer sur plan des usages, ni le tutoiement d’un égal, ni à plus forte raison celui d’un supérieur. Il y avait une exception, de ce temps-là : le scoutisme. Je me souviens de ma surprise quand je m’étais aperçu, à onze ans, qu’il me fallait tutoyer cet imposant personnage en culottes courtes qui devait bien avoir trente ans, et qui s’appelait le scoutmestre, et qu’à l‚intérieur de la troupe tout le monde se tutoyait aussi avec une sorte de gravité. Mais il s’agissait là d’une coutume de caste, d’un signe de reconnaissance réservé aux seuls initiés, comme la poignée de main gauche, l’engagement sur l’honneur, et les scalps de patrouille, car le scoutisme avait alors le génie de l’originalité, une soif de singularité forcenée, dont nous n’étions pas peu fiers. On se distinguait nettement de la masse, on s’élevait par degrés à l’intérieur de cette nouvelle chevalerie, mais il fallait s’en montrer digne. En revanche, on vouvoyait Dieu. Cela nous semblait l’évidence même. La prière scoute chantée commençait ainsi: « Seigneur Jésus, apprenez-moi à être généreux, à Vous servir comme Vous le méritez... » C’est la plus belle prière que je connaisse. Il m’arrive encore de m’en servir. Voit-on comme la musique des mots eût été différente à la seconde personne du singulier, et comme elle parlerait autrement à l’âme: « ... A Te servir comme Tu le mérites. » ? C’est sec, cela n’a pas de grandeur, cela ne marque aucune distance, on dirait une formalité. Et cependant, aujourd’hui, c’est ainsi que l’on s’adresse à la Divinité, on lui applique le tutoiement le plus commun en français. Et le reste a capoté en série: la liturgie, le vocabulaire religieux, la musique sacrée, le comportement de la hiérarchie, la laïcisation du clergé, la banalisation du mystère, si l’on s’en tient aux seules lésions apparentes. Dieu est devenu membre du parti socialiste. L’usage est de le tutoyer. Au chapitre des habitudes, ou plutôt des attitudes, j’ai conservé celle de vouvoyer aussi les enfants qui ne me sont pas familiers, et d’appeler Monsieur ou Mademoiselle les jeunes gens que je rencontre pour la première fois. La surprise passée, ils me considèrent avec beaucoup plus de sympathie, et j’ai même l’impression qu’ils m’en sont reconnaissants. Nous tenons des conversations de bien meilleure venue, et les voilà qui se mettent à surveiller leur langage, c’est-à-dire à s’exprimer correctement en français, comme si d’avoir été traités avec déférence leur donnait des obligations nouvelles et salutaires. Les négations et les liaisons réapparaissentmiraculeusement dans la phrase (je n’ai pas, au lieu de j’ai pas, c’est-t-un an lieu de c’est-h-un, etc.), la prononciation se redresse (je suis, pour chuis, je ne sais pas, pour chais pas, etc.), le goût de l’élégance verbale ressuscite. Faites vous-même l’essai, vous verrez. La dignité du langage et la dignité de la personne se confondent le plus souvent. Voilà pourquoi l’on parle si mal en ce moment. Oserai-je avouer ici que mes enfants me vouvoient, et vouvoient également leur mère ? Cela depuis leur plus jeune âge, et sans aucun traumatisme. Sans vouloir convertir personne à ce qui peut paraître une ostentation, là aussi il faut constater que le langage courant au sein de la famille s’en trouve naturellement affiné. Et même dans les affrontements, qui ne manquent pas, un jour ou l’autre, vers la fin de l’adolescence, d’opposer les enfants à leurs parents, le vouvoiement tempère l’insolence et préserve de bien des blessures. Il en va de même entre époux, encore que ce vouvoiement-là soi devenu aujourd’hui une sorte de curiosité ethnographique, et Dieu sait pourtant les services de toutes sortes qu’il rend. Je le pratique depuis trente-cinq ans que je suis marié. C’est un jeu divertissant, dont on ne se lasse jamais.Même dans le langage le plus routinier, l’oreille est toujours agréablement surprise. Les scènes dites de ménage, fussent-elles conduites avec vigueur, s’en trouvent haussées à du joli théâtre. On a envie de s’applaudir et de souper ensemble au champagne après le spectacle.Toutes les femmes qui ont compté dans ma vie, je les ai toujours voussoyées, et réciproquement, pour l’honneur de l’amour en quelque sorte. Puis-je espérer, sans trop, y croire, que, tombant sur cette chronique, un jeune couple s’en trouvera convaincu, au moins curieux de tenter l’expérience ? En public, ils étonneront les autres, ce qui est déjà une satisfaction en ces temps d’uniformité où se nivellent médiocrement les convenances sociales. En privé, ils s’amuseront beaucoup aux mille et une subtilités, du vous, et je prends le pari qu’ils ne rebrousseront pas chemin de sitôt.Dans un tout autre domaine, j’assistais récemment aux obsèques d’un ami cher, Christian, de son prénom, mais il avait aussi un nom, fort joli nom d’ailleurs. Eh bien, le prêtre, qui l’avait jamais vu vivant, qui ne l’avait même jamais vu du tout, le trairait à tu et à toi, selon les piètres dispositions du nouvel office des morts : « Christian, toi qui.. Christian, toi que... Christian, Dieu te... et ta famille... » Exactement comme pour les enfants sans défense ! En vertu de quoi, au nom de quoi, la familiarité doit-elle répandre ses flots visqueux jusque sur les cercueils ? Bossuet tutoyait-il les princes en prononçant leurs oraisons funèbres ? Or chaque défunt est un roi, enfin couronné, et sacré à jamais. Quant au nom patronymique de Christian, celui sans lequel le prénom de baptême n’est rien, il ne fut pas une seule fois prononcé ! Et pourquoi pas la fosse commune obligatoire, dans la même foulée...Car me frappe tout autant, l’emploi généralisé du prénom seul, en lieu et place du patronyme précédé on non du prénom, et cela dans toutes les circonstances de la vie où il n’est pas nécessaire de présenter une carte d’identité : « C’est quoi, ton nom? Serge. Moi, c’est Jocelyne... » Serge qui ? Jocelyne qui ? Les intéressés eux-mêmes semblent ne plus, s’en soucier. Il y a des dizaines de milliers de Serge, des dizaines de milliers de Jocelyne, alors qu’il n’existe qu’un seul Serge X., qu’une seule Jocelyne Z. Mais on se complaît dans l’anonymat. On y nage à l’aise, on s’y coule avec délices, on n’y fait pas de vague, semblable aux milliers de milliers, on n’éprouve pas le besoin de faire claquer son nom comme un drapeau et de brandir ce drapeau au-dessus de la mêlée. Qu’on se rassure, toutefois. Il nous restera au moins à chacun, le numéro matricule de la Sécurité sociale. Celui-là, on y tient. J’en connais même qui se battront pour ça... »


Intéressant, non?

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Re: Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par Clémence le Mar 6 Mai - 14:06

Je trouve étonnant que personne n'ait réagi à ce texte que je trouve très beau et juste. Sans doute parce qu'il se passe de commentaires... mais quand même !
Voilà typiquement un point de vue patagon me semble-t-il, une façon de voir qui prend à contre-pied les usages imposés par notre nation dont la devise "liberté, égalité, fraternité" s'accommode mal du vouvoiement. Tout comme le "tovaritch" bolchevique.
Le tutoiement imposé par exemple dans le milieu de l'Education Nationale est parfois pénible, mais on est obligé de s'y plier. J'avais eu le malheur, étant stagiaire, de vouvoyer mes collègues ; le résultat est qu'ils m'ont traitée toute l'année comme si j'étais une collégienne parmi d'autres (il est vrai que j'avais 23 ans mais quand même !). Depuis je dis "tu", même à ceux qui ont l'âge de mes parents, car c'est o-bli-ga-toi-re !
Par contre je vouvoie mes lycéens, ce qui les agace prodigieusement en début d'année de seconde, et les flatte en fin de 1ère. Mais ils en ont tellement peu l'habitude qu'ils prennent cela pour du mépris.
Les usages sont souvent variés, mais justement font le charme des relations humaines. Par exemple :
Mes parents ont un usage très spécial du tu et du vous : ma mère tutoie mon père, mon père vouvoie ma mère. Cela fait très "amour courtois", j'adore.
J'ai une cousine qui tutoie ses enfants mais les enfants vouvoient leurs parents. Ils partent du principe qu'un enfant qui vouvoie ses parents sera plus respectueux. Cela reste à voir, mais pourquoi pas. J'attends avec impatience la crise d'ado de l'aînée, vous pensez bien !
J'avais une amie que ses prents vouvoyaient. Cela donnait des situations excellentes du genre : "Virginie voulez-vous une claque ?", ce qui a tout de même plus de classe que "T'en veux une ?". Bon, le geste reste le même, mais plus classe ! La baffe respectueuse, quoi.

Et vous autres ? J'allais oublier : j'apprécie les forums où l'on se vouvoie, comme celui-ci.

Un dernier mot : je suis très sensible à la phrase suivante de Jean Raspail : "chaque défunt est un roi, enfin couronné, et sacré à jamais". C'est tout simplement beau.

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Re: Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par Ronan le Mar 6 Mai - 14:41

J'aime beaucoup ce texte et particulièrement son passage sur le scoutisme (non Grégoire, ce n'est pas digne du CPP) !

Du point de vue des pratiques familiales : tutoiement côté paternel et vouvoiment côté maternel. Surprenant la première fois mais on s'y fait.

En revanche j'ai des amis qui sont en immersion totale y compris entre fréres et soeurs. Ca rend les disputes familiales assez amusantes pour un observateurs autant impartial qu'extérieur.

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Re: Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par Gregoire le Mar 6 Mai - 15:55

De mon côté, je vouvoie mes parents mais je tutoie ma grand-mère. Surprenant ? Pas tant que cela et l'explication pourrait se trouver dans le texte de J Raspail : l'affection et l'intimité que je partage avec ma gd-mère sont assez fusionnelles, d'où ce tutoiement sans doute.
Mes enfants nous tutoient. Mon épouse souhaitait "vous", j'ai préféré "tu" mais j'en suis qu'à moitié satisfait car l'une des raisons de mon choix était la trop grande differenciation que cela imposait à mes enfants quand ils sont avec d'autres enfants (vous avez déjà vu les airs effarés voire les moqueries dans un square quand un enfant vouvoie ses parents ?).
Un principe qui s'en va par facilité...Je n'en suis pas très fier....
Et une remarque dans "le Chateau de ma mère" de M. Pagnol m'avait énormément amusé: "si elle dit vous à sa mère, alors c'est que c'est pas sa mère" dit le petit frère de Marcel. Je risquais de sourire à chaque interpellation de mes enfants.

Finalement, donc, les enfants nous tutoient sauf...quand je pousse "une gueulante" (je rappelle que mes charmantes têtes blondes sont 4.... pirat ) pendant laquelle un "vous êtes fier de vous ? ou "vous êtes puni" a quand même plus d'allure et marque une légère distance supplémentaire qui indique selon moi que l'affection est inchangée mais qu'on est dans une situation différente et "anormale".

En revanche, mes enfants vouvoient leurs gds-parents et je tiens au vouvoiment, "Monsieur" "Madame" quand ils rencontrent des adultes.
Pour nos amis proches, qu'ils voient souvent, nous avons introduit les appellations de Tante et Oncle + vouvoiment, c'est un bon compromis.

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Re: Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par Matthieu le Mar 6 Mai - 18:50

C'est très russe, de dire "oncle et tante" (soit Diadia et Tiotia) pour les amis proches. Mes fillesle font, même lorsqu'elles parlent en français, c'est assez drôle.
Sinon, elle nous tutoient, sans que cela ait posé un quelconque problème lorsqu'il a fallu se mettre à vouvoyer les monsieurs et les madames. Cela dit, mon ainée est tellement à l'aise avec les adultes que cela frise l'insolence, tout vouvoiement de rigueur...
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Re: Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par Maxime le Mer 7 Mai - 8:43

Vouvoiement de mes parents pour ma part.
Pour mes futurs enfants, je ne sais pas encore.

C'est vrai que le fait de vouvoyer ses parents devant d'autres quand on est jeune est quelque fois un peu gênant, on essaye de s'en sortir avec des formules allambiqués sans tu ni vous, mais ça passe.

Maintenant, je ne regrette pas ce choix de mes parents.

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Re: Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par Admin le Mer 7 Mai - 11:27

Mais que serait ce forum sans présence féminine?
Je tiens ce texte de Claude Pyanet comme indiqué en préambule de mon message et c'est grâce à Clémence que ce sujet - oserais-je dire boudé - est devenu actif!
Pour ma part mes parents nous tutoient ma soeur et moi, nous les tutoyons et ils se tutoient.
Mes enfants me tutoient, je les tutoie et je tutoie ma femme qui les tutoie et qu'ils tutoient!
Je considère que ce tutoiement est la manifestation de la tendresse qui existe entre nous.
Je n'avance pas -attention! - que le vouvoiement implique un manque criant de tendresse!
C'est en revanche vrai que baignant dans le tutoiement familiale j'ai du mal à trouver "normal" le vouvoiement entre proches.
C'est un petit peu comme dire "Mère" et "Père" à ses parents: cela me laisse un sentiment de froideur.
Pour le reste, le tout est que chacun s'y retrouve.
Concernant l'usage de la troisième personne du pluriel il est vrai que le sanglo-saxons ont vite résolu le "problème"!
Je fais toutefois partie de ceux qui estime qu'entre personnes "étrangères" le vouvoiement s'impose.
Si par la suite les personnes se rapprochent au point de devenir des amis je cède volontiers au tutoiement.
Je rejoins en outre Clémence quant à son sentiment vis à vis de la pratique en vigueur dans l'éducation nationale (maternelle, primaire, secondaire et supérieur confondus) avec le tutoiement qui est imposé!
Parce que nous sommes tous membres d'une grande famille en fait! Ouais c'est merveilleux!
J'avoue m'y être plié mais avec difficulté surtout envers ceux qui peuvent exercer des fonctions les plaçant dans une position hiérarchique supérieur.
C'est quelque chose que je dois tenir de mon père: on doit vouvoyer son supérieur ainsi que son aîné d'ailleurs...
Me trouvant chaque jour face à de jeunes adultes, j'avoue - là encore! - les tutoyer.
Pas par amitié, pas par condescendance, peut-être simplement parce qu'ils sont plus jeunes que moi et que le tutoiement me vient alors assez facilement (à ce propos j'ai du tutoyer l'un ou l'autre des membres de ce forum lors d'échanges privés! mais vous avez vu que je sais me tenir tout de même!).
Toutefois, à la manière de Grégoire, lorsque je les recadre, si c'est un recadrage "amical" je me prends à les vouvoyer et à le sappeler "mademoiselle" ou "monsieur"...
Mais, si la discussion s'envenime, le tutoiement revient au galop!
Alors où est la logique?
Ce qui est sûr c'est que le vouvoiement aplani la virulence des attaques verbales tout en indiquant clairement à la personne la barrière qui nous en sépare. Et dans notre monde tutoyé c'est peut-être finalement le plus blessant!
Alors disons que pour me positionner, j'aurais une tendance naturelle à vouvoyer l'inconnu, le supérieur et l'aîné et à tutoyer mes proches, mes amis et les plus jeunes.
Pour en finir avec tout ça, je pense toutefois qu'il ne faut pas donner trop d'importance à la personne utilisée dès lors que la sincérité est de mise dans l'échange épistolaire ou verbal.
Ainsi, je refuse de considérer que le tutoiement est à proscrire parce qu'il est issu de la révolution française (avec le citoyen!) et qu'à contrario le vouvoiement s'impose dès lors qu'il représente les usages en vigueur sous l'ancien régime et que l'on se place dans la "réaction".
Je concède que cela puisse avoir son charme.
Mais - quitte à me répéter - c'est bien la sncérité qui doit avoir notre faveur.
Un tutoiement peut-être aussi respectueux qu'un vouvoiement et un vouvoiement peut-être aussi tendre qu'un tutoiement.

C'est un petit peu comme le "monsieur" et le "madame".
Leur sage se perd.
On entend souvent "Bonjour", rarement suivi de "Monsieur ou madame"...

Ce sujet semble tenir à coeur Jean Raspail.
Dans "En canots..." il raconte avoir vouvoyé un Grizzli dont le chemin devait croiser le sien, en signe de respect et de déférence...

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Re: Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par Maxime le Mer 7 Mai - 11:37

D'accord avec vous Pierre.

C'est comme les merci, jamais suivi de Monsieur ou Madame.

Tout se perd...

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Re: Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par Gregoire le Mer 7 Mai - 12:41

Oui, enfin, il y a quand même des situations dans lesquels le "monsieur" ou "madame" tend à compliquer les choses : mon fils de 3 ans a clamé un "bonjour monsieur" à.....une voisine qui était furieuse. (Ce qui est idiot : ce n'est quand même pas la faute de mon fils si la dite voisine est vieille et moustachue, non ????). Sinon, malheureusement, cet usage se perd, en effet et je le déplore.

Concernant le message de Pierre et les appellations "Père et Mère", je suis d'accord qu'appeler ainsi mes parents me serait difficile ; Cependant, j'y suis très attaché pour mes beaux-parents : il y a plus de respect que dans l'usage des prénoms et beaucoup d'affection car c'est assez proche de "papa" et "maman"...sans l'être tout à fait.

Toujours à propos du message de Pierre, je souligne avec amusement que, cher Pierre, vous avez commencé par nous tutoyer sur ce forum, avant de revenir au "vous" dans le fil des messages...Comme quoi, tu ou vous....ce n'est finalement peut-être pas si important si tout le monde est sur "la même longueur d'onde" !

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Re: Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par ClaudeP le Sam 20 Sep - 19:52

Bonjour "Mesdames et Messieurs "(petite plaisanterie)
Je reviens sur ce forum après une abscence assez longue ce qui ne m'a pas empécher de jouer le jeu du roi, encore et encore. Et j'ai eu des surprises. Je vous raconterai.
Le premier sujet sur lequel je tombe est celui-ci et je suis très contente qu'il fasse l'objet d'un débat.
Cette lettre m'aviat beaucoup interpelée.
De fait, dans notre époque de tutoiement effectivement "obligatoire", elle a interessée pas mal de monde.
Je n'ai pas trop de temps ce soir, mais je voudrais faire une remarque.
Native du midi, le vouvoiement entre parents et enfants, frère et soeurs, parents proches et amis ne s'impose pas. Cependant nous vouvoyons les personnes plus agées que nous et même si celle-ci nous tutoient. Ce qui est aussi une habitude chez nous et une marque d'amitié.
Je tutois les amis de mes enfants mais ceux-ci me vouvoient (pour la plupart) mais je vouvois les amis de mes parents.
Mon père tutoyait mon mari, mais mon mari le vouvoyait.
Il n'y a pas de régle. Seulement un instinct et une éducation.
D'autre part, exercant un métier commercial, ou d'entrée le vouvoiement est de mise, il m'est arrivé de finir par tutoyer mes clients lorsque des liens se sont tissés.
Mais j'ai une de mes amies trèschère, avec qui et malgré les années nous nous vouvoyons toujours.
Je suis ravie d'être de retour et de vous retrouver; Je pense que je vais avoir de la lecture

Amitiés patagones à tous et à bientôt
Que vive le royaume et pour longtemps
Claude

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Re: Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par Paul le Sam 20 Sep - 19:56

Chère Claude,
Ravi de vous retrouver après ce que j'espère avoir été de très bonnes vacances!!
Oui, vous allez avoir de la lecture pour vous mettre à jour de tout ce qui s'est écrit en votre absence.
Alors, bon courage, bonne lecture et à bientôt!!
Vive le Roi
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Re: Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par Edwardan le Lun 19 Oct - 6:59

Chers compatriotes,
je m'immisce dans cette conversation (et sur le forum, car je n'y vais pas beaucoup...mais ça sera ma résolution de nouvelle année, ou de retraite de St Ignace) car elle me tient spécialement à coeur. En effet, je peux témoigner car je viens d'une famille ou tout le monde se tutoie, freres, soeurs, parents, mais pas grand-parents. Depuis peu,je tutoie mes oncles et tantes, nouvelles moeurs obligent; j'ai 28 ans, mais j'ai enormement de mal à le faire. Mes parents vouvoient leurs parents. Enfin je peux témoigner, car en me mariant, je suis rentré dans une famille ou les enfants vouvoient leurs parent, ce qui m'a ... enervé au debut, surtout que je trouvais les engeulades pas assez...vivantes à mon gout. Mais maintenant je reconnais qu'il est plus civilisé de vouvoyer ses parents. Par contre, je connais aussi des familles ou les parents vouvoient leurs enfants, et ça je ne peux pas. Mes enfant nous vouvoient, mais nous les tutoyons. Cela dit, l'idée de les gronder en les vouvoyant est bonne, et je vais l'essayer de ce pas. Concernant le rapport aux adultes, je suis inflexibles sur le vouvoiement, et le oncle untel, tante unetelle, et les bonjour, aurevoir Madame ou Monsieur. Je vais meme jusqu'à trouver bon qu'il apprennent à se démarquer des autres enfants dans les squares, qui tutoient tout le monde, meme les adultes qu'ils ne connaissent pas...(je vis dans le 10e,19e, entre le canal saint martin et les buttes chaumont).
Encore une chose, je trouve excellente l'idée de notre consul de vouvoyer les enfants que l'on ne connait pas. Je trouve que c'est une belle marque de respect qui les mets en valeur et les rends sérieux quand on leur parle pour la première fois; et c'est tellement patagon!!
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Re: Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par jean-baptiste le Lun 19 Oct - 15:07

Edwardan a écrit:
ça sera ma résolution de nouvelle année, ou de retraite de St Ignace...

Edwardan, je vous en prie, n'en restez pas à cette allusion. Parlez-nous de votre (vos) retraite(s) ignacienne(s) ! Merci !
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Message par jean-baptiste le Lun 19 Oct - 21:46

Admin a écrit:Je reprends un élément posté par Claude Pyanet sur l'ancien forum...
Il s'agit d'un texte écrit par notre Consul Général qui peut être source de réflexion :

... Me frappe tout autant, l’emploi généralisé du prénom seul, en lieu et place du patronyme précédé on non du prénom, et cela dans toutes les circonstances de la vie où il n’est pas nécessaire de présenter une carte d’identité : « C’est quoi, ton nom? Serge. Moi, c’est Jocelyne... » Serge qui ? Jocelyne qui ? Les intéressés eux-mêmes semblent ne plus, s’en soucier.

Et encore, c'est déjà bien de se présenter sous son prénom de baptème et pas comme un Fredo ou une Liline !
A cette occasion, observez que Les Mémoires d'Outre-Tombe commencent par l'histoire du nom de famille : qui étaient les Chateaubriand ? Pour parler de lui, l'écrivain commence par parler de son nom et de ceux qui l'ont porté avant lui. Et cela prend des pages ! Comparez avec des autobiographies récentes...
... Mais cet attachement au nom propre n'était-il pas lié aux avantages qu'il y avait à en porter un connu et respecté, aux portes qu'il ouvrait ?
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Re: Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par jean-baptiste le Lun 19 Oct - 22:25

jean-baptiste a écrit:
Admin a écrit:Je reprends un élément posté par Claude Pyanet sur l'ancien forum...
Il s'agit d'un texte écrit par notre Consul Général qui peut être source de réflexion :

... Me frappe tout autant, l’emploi généralisé du prénom seul, en lieu et place du patronyme précédé on non du prénom, et cela dans toutes les circonstances de la vie où il n’est pas nécessaire de présenter une carte d’identité : « C’est quoi, ton nom? Serge. Moi, c’est Jocelyne... » Serge qui ? Jocelyne qui ? Les intéressés eux-mêmes semblent ne plus, s’en soucier.


Même quand ils ont des surnoms (VGE, Sarko), nous continuons d'utiliser les noms de famille pour désigner les hommes politiques. A part Ségolène.
Au Nicaragua, les hommes politiques n'utilisent le plus souvent que leurs prénoms dans leur propagande, et leurs partisans se définissent comme "arnoldista" ou "danielista". Parfois, ils utilisent aussi leur surnom (lors de la dernière campagne présidentielle, un candidat surnommé El Feo (le laid) avait pour slogan : "El Feo que quiere una Nicaragua linda). Et le second parti nicaraguayen par ordre d'importance s'appelle "Vamos con Eduardo". Finalement, en France, en politique, l'usage du prénom seul est un usage... royal ! Non, je ne pense plus à Ségolène : demandez à vos voisins, vos collègues, vos enfants, quel était le nom de famille de Louis XIV...
Et vous, quand vous pensez à Antoine-Orllie de Tounens, vous le nommez comment ?
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Re: Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par André-Yves Bourgès le Mar 20 Oct - 11:43

jean-baptiste a écrit:
A cette occasion, observez que Les Mémoires d'Outre-Tombe commencent par l'histoire du nom de famille : qui étaient les Chateaubriand ? Pour parler de lui, l'écrivain commence par parler de son nom et de ceux qui l'ont porté avant lui. Et cela prend des pages ! Comparez avec des autobiographies récentes...
... Mais cet attachement au nom propre n'était-il pas lié aux avantages qu'il y avait à en porter un connu et respecté, aux portes qu'il ouvrait ?

La conclusion de Chateaubriand est aussi limpide que son style et fait mouche, comme toujours :

Au reste, qu'on me pardonne d'avoir été contraint de m'abaisser à ces puériles récitations, afin de rendre compte de la passion dominante de mon père, passion qui fit le nœud du drame de ma jeunesse. Quant à moi, je ne me glorifie ni ne me plains de l'ancienne ou de la nouvelle société. Si, dans la première, j'étais le chevalier ou le vicomte de Chateaubriand, dans la seconde je suis François de Chateaubriand ; je préfère mon nom à mon titre.

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Re: Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par Admin le Mar 20 Oct - 19:18

Ce Chateaubriand mérite d'être connu dîtes donc!

king

Sinon, comme dirait l'autre, ai-je raté quelque chose cher AYB?

Que faut-il lire derrière "ce" PCC?

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Re: Vous dirai-je « tu », ou bien me diras-tu « vous » ? »

Message par André-Yves Bourgès le Mar 20 Oct - 21:19

Admin a écrit:Ce Chateaubriand mérite d'être connu dîtes donc!

Surtout les Mémoires d'outre-tombe : rien à jeter, depuis les églogues et le récit de l'enfance bretonne jusqu'aux dernières lignes qui résonnent comme l'écho un peu théâtral du titre magnifique de l'ouvrage, en passant par les galeries de portraits, les morceaux de bravoure, les traits décochés comme ceux des arbalètes, ... ; bref un florilège n'y suffit pas, il faut tout lire.

Le printemps, en Bretagne, est plus doux qu'aux environs de Paris, et fleurit trois semaines plus tôt. Les cinq oiseaux qui l'annoncent, l'hirondelle, le loriot, le coucou, la caille et le rossignol, arrivent avec des brises qui hébergent dans les golfes de la péninsule armoricaine. La terre se couvre de marguerites, de pensées, de jonquilles, de narcisses, d'hyacinthes, de renoncules, d'anémones, comme les espaces abandonnés qui environnent Saint-Jean-de-Latran et Sainte-Croix-de-Jérusalem, à Rome. Des clairières se panachent d'élégantes et hautes fougères ; des champs de genêts et d'ajoncs resplendissent de leurs fleurs qu'on prendrait pour des papillons d'or. Les haies, au long desquelles abondent la fraise, la framboise et la violette, sont décorées d'aubépines, de chèvrefeuille, de ronces dont les rejets bruns et courbés portent des feuilles et des fruits magnifiques. Tout fourmille d'abeilles et d'oiseaux. les essaims et les nids arrêtent les enfants à chaque pas. Dans certains abris, le myrte et le laurier-rose croissent en pleine terre, comme en Grèce ; la figue mûrit comme en Provence ; chaque pommier, avec ses fleurs carminées ressemble à un gros bouquet de fiancée de village.

La jeunesse est une chose charmante ; elle part au commencement de la vie couronnée de fleurs comme la flotte athénienne pour aller conquérir la Sicile et les délicieuses campagnes d'Enna. La prière est dite à haute voix par le prêtre de Neptune : les libations sont faites avec des coupes d'or ; la foule, bordant la mer, unit ses invocations à celles du pilote : le péan est chanté, tandis que la voile se déploie aux rayons et au souffle de l'aurore. Alcibiade, vêtu de pourpre et beau comme l'Amour, se fait remarquer sur les trirèmes, fier des sept chars qu'il a lancés dans la carrière d'Olympie. Mais à peine l'île d'Alcinoüs est-elle passée, l'illusion s'évanouit : Alcibiade banni va vieillir loin de sa patrie et mourir percé de flèches sur le sein de Timandra. Les compagnons de ses premières espérances, esclaves à Syracuse, n'ont pour alléger le poids de leurs chaînes que quelques vers d'Euripide.

Ensuite je me rendis chez Sa Majesté : introduit dans une des chambres qui précédaient celle du roi, je ne trouvai personne : je m'assis dans un coin et j'attendis. Tout à coup une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparait. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tète de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l'évêque apostat fut caution du serment.

l y a des temps où l'on ne doit dépenser le mépris qu'avec économie, à cause du grand nombre de nécessiteux
(toujours d'actualité, n'est-ce pas ?)

En traçant ces derniers mots, ce 16 novembre 1841, ma fenêtre, qui donne à l'ouest sur les jardins des Missions étrangères, est ouverte: il est six heures du matin; j'aperçois la lune pâle et élargie; elle s'abaisse sur la flèche des Invalides à peine révélée par le premier rayon doré de l'Orient: on dirait que l'ancien monde finit et que le nouveau commence. Je vois les reflets d'une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil. Il ne me reste qu'à m'asseoir au bord de ma fosse ; après quoi je descendrai hardiment, le Crucifix à la main, dans l'Eternité.


Admin a écrit:Sinon, comme dirait l'autre, ai-je raté quelque chose cher AYB?

Que faut-il lire derrière "ce" PCC?

Tout simplement "Pour copie conforme" : je déteste les citations tronquées, déformées, dénaturées.

Bien à vous,

André-Yves Bourgès

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