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Qui se souvient des Hommes

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Qui se souvient des Hommes

Message par Paul le Sam 5 Avr - 20:39

Cet ouvrage est celui qui m'a le plus bouleversé de toutes mes lectures d'adulte.
Le désespoir y est total, nulle lueur dans le noir de plus en plus profond où descendent lentement mais inexorablement Lafko et les siens, c'est le livre de la tragédie d'un peuple ignoré qui meurt dans le silence, comme il a toujours vécu.
Mais comment se fait-il que de tant d'horreurs, J.Raspail ait pu faire un livre que l'on lit de la première à la dernière page, horrifié mais comme envoûté,comme hypnotisé par la descente aux enfers des Hommes?
C'est là la magie de l'écriture. Et j'aurais donné mille livres pour que celui-ci fut écrit, s'il l'avait fallu!!
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Re: Qui se souvient des Hommes

Message par Admin le Dim 6 Avr - 15:11

Merci Paul de m'avoir devancé et d'avoir su exprimer de façon aussi exacte ce que j'aurais voulu dire à propos de cet ouvrage.
Je n'ai pas peur de le dire, ce livre me tire des larmes à chaque lecture.
Des larmes sur le destin de ce peuple et sur notre humanité qui se révèle si peu humaine...
Sa suite ("Pêcheur de Lunes") est de la même veine, mais "Qui se souvient des Hommes" est exceptionnel.

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Un autre Grand de la veine de 'Qui se souvient des Hommes' ...

Message par ferney le Jeu 8 Mai - 20:03

Aussi trés bouleversant et en complément, lire 'FUEGIA' de Eduardo Belgrano Rawson (Actes Sud) ... histoire de la famille de Camilena Kippa fuyant une ilôt du sud, protègè par une mission en décrépitude et tentant de rejoindre le nord. Si d'autres amis patagons l'ont lu, commentaires et impressions souhaités.
Cordialement,
Ferney,
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Re: Qui se souvient des Hommes

Message par ClaudeP le Dim 27 Juil - 20:10

Cet ouvrage est celui qui m'a le plus bouleversé de toutes mes lectures d'adulte.Elle est pas belle la vie![/
Et j'aurais donné mille livres pour que celui-ci fut écrit, s'il l'avait fallu!!Elle est pas belle la vie![/

Cher Paul, nous avons à peut près la même age et celui qui m'a le plus bouleversée est SEPTENTRION.
D'accord, septentrion est un romen mais quel roman.Il correspond à une fin future de notre civilisation. Mais pas à la fin de nous.
Nous sommes différents.
Je pensais que les Patagons étaient tristes et désabusés, mais cet ouvrage est plein d'espoir.
Il existe des gens différests ; qui croient en l'humain dont nous faisons partie.
J'ai eu du mal à m'en remettre, mais j'ai compris à ce moment là que j'étais différente et qu'il y avait des gens différents..
Qui trouvera "le livre "?
Surement un Patagon ou une Patagone.
Je suis très féministe C.A.D. consciente de mon être féminin.
Cependant, je respecte tout être humain, y compris les hommes (je plaisante)
Au plaisir de votre réponse ( Vous aviez compris que je suis un peu provocatrice)

Vive notre royaume et notre Roi et nous mêmes
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Re: Qui se souvient des Hommes

Message par Terpant le Lun 28 Juil - 15:11

je suis de ceux qui préfère tres nettement "qui se souvient des hommes",j'ai abordé Jean raspail par ce livre , c'est pour moi l'un de ses grands romans . Je suis plus étonné chère Claude de votre choix de "septentrion" ,pour moi cet ouvrage ne boxe pas dans la même catégorie . Il s'agit d'un livre plus brouillon, Raspail là ,débroussaille le terrain ,on y retrouve plusieurs thèmes qu'il abordera plus tard, c'est touffu certes ,mais moins abouti.Sept cavaliers par exemple est un livre qui reprend la thématique septentrion mais avec plus de réussite.Je n'ai pas trop de mal à défendre cette posture car c'est l'avis de l'auteur lui-même. Mais ce qui n'exclut en rien la qualité de votre rencontre avec ce livre.
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Re: Qui se souvient des Hommes

Message par Isabelle le Sam 27 Fév - 16:27

je viens de terminer Qui se souvient des Hommes et je ressens les choses comme Paul, ce livre m'a bouleversée. Je l'avais déjà lu il y a longtemps et je viens de le relire.
J'ai pleuré à la lecture de ce livre et rien que d'y penser me donne encore envie de pleurer.


On est hantés par ce livre, on ne peut pas oublier le regard de Lafko et la vision du canot venu du fond des ages s'éloigner dans le dédale des canaux magellaniques.

Les voyageurs qui ont vu cela et croisé le regard de Lafko, n'ont certainement pas pu oublier cette vision obsédante. On dirait que Lafko nous regarde toujours à travers les siècles. Enfin je le ressens très fort en lisant ce livre.

Et puis le regard de Lafko, c'est aussi le regard du plus pauvre d'entre les pauvres, c'est pourquoi la fin est bouleversante quand le Christ dit "te voilà chez toi Lafko, c'est vrai que tu es petit et laid, que tu as une intelligence misérable, que tu sens mauvais, que tu es sale, mais vois comme tu me ressembles".

En ce temps de carême que nous vivons, ce livre nous bouleverse et nous fait entrer dans une petite mort, mais je ne pense pas qu'il y ait vraiment la mort au bout, puisque RASPAIL ressuscite Lafko en nos coeurs. Grâce à ce récit, il n'est pas mort une deuxième fois puisque nous nous souvenons de lui. Et puis nous avons la certitude que Lafko, le plus pauvre d'entre les pauvres est dans les bras de Jésus.

J'ai également été bouleversée par toutes les personnes qui ont croisé le destin de Lafko : les missionnaires salésiens qui ont fait du mieux qu'ils ont pu mais n'ont pas su aimer d'amour vrai. J'ai aussi été très bouleversée par le chapitre "les anthropophages de la JUNON" et l'histoire de Gaston Lemay, cette histoire m'a fait pleurer. Bien d'autres chapitres encore m'ont émue.

J'ai lu également Septentrion il y a quelques années, ce livre m'avait fascinée, seulement j'ai eu l'impression qu'il n'y avait rien au bout du voyage, que la mort, peut être qu'en relisant ce livre, j'y trouverai un autre sens et quelque chose au bout.
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Re: Qui se souvient des Hommes

Message par jean-baptiste le Sam 27 Fév - 17:14

On peut prolonger la lecture de Qui se souvient des hommes ? par le magnifique album Je me souviens des hommes, qu'un cap hornien aquarelliste de talent, Gildas Flahault, consacre, dans un élan raspalien, aux paysages et aux populations de la pointe sud de la Patagonie (je viens de vérifier chez Amazon qu'il n'est pas épuisé).
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Re: Qui se souvient des Hommes

Message par Isabelle le Sam 27 Fév - 18:41

Ce livre m'intéresserait, d'autant plus que j'aimerais bien voir ces aquarelles.

Jean RASPAIL nous fait nous souvenir des Hommes par le biais de l'écriture, mais un peintre nous en fait nous souvenir d'une autre manière.

J'irai voir sur amazon
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Du désespoir chez Jean raspail

Message par Patrick Demange le Sam 1 Mai - 15:23

Une chose me confond à la lecture de certains romans de notre Consul général: son désespoir est pour moi roboratif.
Loin de provoquer une apathie irrémédiable, ce désespoir nous invite au contraire à garder la tête haute: quels qu'ils soient, ces personnages (ces héros...) ne se sont pas reniés. Antoine de Thounens est resté roi de Patagonie et d'Araucanie, malgré la lourdeur, le faux sérieux, l'esprit étriqué de ses contemporains. Les personnages de Septentrion n'ont pas cédé à la masse grise. La disparition ne leur a pas enlevé ce qu'ils étaient.
Bref, une leçon, une "attitude" ou de "la tenue" pour reprendre le titre d'un article signé Jean Raspail. Pas de compromission comme le noyau d'irréductibles qui reste après l'invasion dans le camp des Saints. Les Hommes sont restés des Hommes.
Hauteur qui n'empêche pas l'ironie, la clairvoyance, voire la joie et la bonne humeur comme nos Pikkendorff !

Haut les cœurs au service du royaume et de son Roi !!!
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Re: Qui se souvient des Hommes

Message par Clémence le Lun 6 Fév - 9:43

Je prends enfin un peu de temps pour réagir à ce roman qui m'a captivée, en particulier par la façon de rattacher le destin de ces indiens sans Histoire à l'Histoire de l'Occident principalement.
A chaque époque sa grande question : "Qu'est-ce qu'un homme ?" pour la Renaissance humaniste ; "Notre civilisation est-elle supérieure ?" pour le relativisme des Lumières ; "Le progrès est-il bon ?" pour la fin du XIXème siècle ; "Quel est le sens de notre existence ?" pour le XXème siècle absurde. Toutes ces questions se heurtent violemment au cas des Kaweskars, qui nous poussent dans nos derniers retranchements. J'en reparlerai peut-être, il faut un peu de temps, mais d'ici-là je serais heureuse de vous lire sur ces questions.

En relisant les précédents messages, je vois que les termes de "tragédie" et "destin" reviennent souvent. En effet, on est bien dans le tragique, mais dans le sens où le définit si bien Anouilh en ouverture d'Antigone (petit rappel) :
Et voilà. Maintenant le ressort est bandé. Cela n’a plus qu’à se dérouler tout seul. C’est cela qui est commode dans la tragédie. On donne le petit coup de pouce pour que cela démarre [...] Après, on n’a plus qu’à laisser faire. On est tranquille. Cela roule tout seul. C’est minutieux, bien huilé depuis toujours. La mort, la trahison, le désespoir sont là, tout prêts, et les éclats, et les orages, et les silences, tous les silences [...] et on dirait un film dont le son s’est enrayé, toutes ces bouches ouvertes dont il ne sort rien, toute cette clameur qui n’est qu’une image, et le vainqueur, déjà vaincu, seul au milieu de son silence…
C’est propre, la tragédie. C’est reposant, c’est sûr… Dans le drame, avec ces traîtres, avec ces méchants acharnés, cette innocence persécutée, ces vengeurs, ces terre-neuve, ces lueurs d’espoir, cela devient épouvantable de mourir, comme un accident. On aurait peut-être pu se sauver, le bon jeune homme aurait peut-être pu arriver à temps avec les gendarmes. Dans la tragédie on est tranquille. D’abord, on est entre soi. On est tous innocents en somme ! Ce n’est pas parce qu’il y en a un qui tue et l’autre qui est tué. C’est une question de distribution. Et puis, surtout c’est reposant, la tragédie, parce qu’on sait qu’il n’y a plus d’espoir, la sale espoir ; qu’on est pris, qu’on est enfin pris comme un rat, avec tout le ciel sur son dos, et qu’on n’a plus qu’à crier [...] Et pour rien ; pour se le dire à soi, pour l’apprendre, soi. Dans le drame, on se débat parce qu’on espère en sortir. C’est ignoble, c’est utilitaire. Là, c’est gratuit. C’est pour les rois. Et il n’y a plus rien à tenter,enfin !
La question que je me suis posée tout au long de ma lecture était : pouvait-on éviter cela ? Je crois que dans le fond, non. A partir du moment où le premier vaisseau part explorer les extrémités de la terre "Cela n’a plus qu’à se dérouler tout seul". Il n'y a pas forcément eu de malveillance, de volonté de détruire de la part des occidentaux. Mais comme c'est souvent souligné, les deux mondes étaient incompatibles, le choc trop violent entre ces peuples que des milliers d'années séparaient. Leur survie n'était possible qu'à condition que toute la planète ignorât le détroit de Magellan : inimaginable ! En fait, il y a plein de livres de Raspail qui nous parlent de mondialisation.

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Re: Qui se souvient des Hommes

Message par Patrick Demange le Lun 6 Fév - 17:14

Les peuples, les civilisations, sont périssables comme les organismes vivants. Meurent-elles de la poussée de l'extérieur ? De leur propre essoufflement ? Des deux ? La fin des Kaweskars est notre propre miroir, voilà qui nous touche au plus profond. Au passage, le parallèle avec le "Camp des Saints" est aisé à réaliser.
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Re: Qui se souvient des Hommes

Message par Clémence le Jeu 9 Fév - 10:29

Oui, et je ne sais pas si je vais lancer le débat sur les civilisations en ce moment ! Ou alors à la cave !

Qu'est-ce qu'un homme se demandait Montaigne, et avec lui bon nombre d'humanistes.
Et en effet quand nous lisons Qui se souvient des hommes ? cela apparaît en filigrane tout au long du roman. Le titre parle bien d'"hommes", "Kaweskars" signifie "les hommes", mais l'humanité n'est pas évidente pour les occidentaux qui découvrent avec stupeur et dégoût leurs "semblables" du bout du monde. Ce qui m'a frappée est le terme "femelles" que Raspail utilise pour désigner les femmes alakalufes. Cela ne s'emploie que pour les animaux. Il parle de leurs mamelles avec une sorte de fascination/répulsion. Pour tous il insiste sur leur laideur, sur leurs jambes courtes et tordues, leur face "simiesque" (donc ils sont assimilés à des singes, ce que leur capacité à "singer" les occidentaux renforce). Ce qui fait un homme n'est donc pas son physique.

L'intelligence ? Présentés tels qu'ils le sont, ils en semblent peu pourvus, concentrés à survivre par-dessus tout. Ils sont incapables de curiosité, d'analyse, les navires qu'ils découvrent ne leur offrent que des perspectives de troc et de chapardage, et il est souvent dit qu'ils n'ont connu aucune avancée technique en plusieurs siècles et sont d'ailleurs prompts à retourner à leur état initial dès qu'ils sont fatigués de copier les missionnaires, les anglais ou les chiliens. Ce qui fait un homme n'est donc pas son degré d'intelligence.

Leur capacité à aimer ? Oui, davantage, mais il est difficile de dire si dans le roman les Kaweskars sont capables d'aimer. Pas de la façon dont nous l'entendons en tout cas. Là encore l'instinct de survie interdit tout ce qui pourrait affaiblir, amollir. Les quelques femmes qui s'attachent (Waka cherchant "l'homme aux cheveux jaunes", l'autre Waka avec son Pasteur, Yerfa avec M.Lemay) en périssent, c'est donc assez dissuasif. Raspail semble ne pas y croire.

L'art ? Le goût du beau ? Cela encore est le cadet de leurs soucis. Les femmes ont bien quelques bijoux mais leur vie nomade et les conditions si dures ne leur laissent pas le loisir de s'adonner à la création d’œuvres d'art ! "Les Kaweskars n'ont aucune conscience de la beauté et pas de mot pour l'exprimer." lit-on page 42. Quant au chant, il y en a bien quelques uns, qui s'apparentent à des mélopées destinées à donner du courage ou à soulager l'angoisse. En fait ce n'est déjà pas si mal, mais quand le chat ronronne, c'est aussi un peu dans ce but.

Il reste l'âme. Avec les trois dieux malfaisants de leur panthéon, les Indiens du détroit ont accès à la transcendance. Mais sont totalement hermétiques au "mort mort". La clef me semble tenir dans cette petite pierre gravée par Lafko. Elle suscite l'incompréhension des autres, ils le traitent de fou à cause de sa réalisation. On nous dit même : "Ce que va faire Lafko n'a pas de précédent, et dans sa longue descendance personne ne l'imitera." (p42). Pourtant ce "caillou" va traverser les âges et les chefs de clans se le transmettre comme un trésor. C'est comme s'ils avaient eu besoin de matérialiser leur âme, de rassembler toute celle d'un peuple dans un pierre, parce que c'était une façon de ne pas l'oublier et en même temps de ne plus s'en soucier. Enfin, c'est une interprétation possible.

En dépit de tout cela, les Kaweskars sont des hommes, ce sont même les hommes à l'état brut, tels qu'à l'origine, dépouillés de tout. C'est ainsi que je comprends aussi le titre : qui se souvient, parmi nous, que nous lointains ancêtres ont pu être ainsi. Que les hommes que nous sommes sont aussi cela ?
Il y a bien sûr une leçon d'humilité à en retirer, et aussi de tendresse envers ces Indiens, mais sans condescendance si nous nous souvenons que nous fûmes ainsi, il y a fort longtemps.
Qu'en pensez-vous, vous autres ?

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Re: Qui se souvient des Hommes

Message par Patrick Demange le Jeu 9 Fév - 16:00

Entièrement d'accord avec cette longue et complète analyse Clémence ! Je rajouterais une chose: leur langue, telle que la rapporte Jean Raspail (ou José Emperaire) est plus élaborée que la nôtre pour tout ce qui se rapporte à leur environnement. Si mes souvenirs sont justes, il existe 4 ou 5 manière de nommer un crabe en fonction de son âge, de sa mue... La seule contingence exige-t-elle une telle diversité ? Peut-on les considérer comme des sortes de "voyants", alors que nous sommes plus à l'aise avec le monde des idées ? En fait, nous sommes complémentaires avec ce peuple, un janus à deux têtes. Ils sont en symbiose avec les éléments, nous autres modernes occidentaux avec la technique, l'idée parfois, je n'ose dire la marchandise... Une chose est sûre: les peuples, les hommes sont différents, et personnellement, j'aime cette différence !
Et cette conversation sur les "civilisations" ne mérite pas la cave ! Laissons les politiques avec l'à peu près et l'idéologie. D'ailleurs, leur négation de la simple idée de civilisations différentes montre bien leur peu d'ouverture, voire une forme de mépris de ce qu'ils ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre ! Qu'ils voyagent un peu ou lisent de même: ils sentiront ce qui fonde leur civilisation et pourquoi elle peut disparaitre dans le grand tout (ou la promotion de l'Autre) qu'ils veulent nous vendre.
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Re: Qui se souvient des Hommes

Message par jean-baptiste le Jeu 9 Fév - 16:51

Patrick D. a écrit:Les peuples, les civilisations, sont périssables comme les organismes vivants. Meurent-elles de la poussée de l'extérieur ? De leur propre essoufflement ? Des deux ?

A cette question essentielle répond, de façon nuancée et captivante, un gros bouquin de Jared Diamond, "Effondrement" ou "Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie". Il n'évoque pas nos cousins de Patagonie, mais plusieurs sociétés polynésiennes et amérindiennes. Je recommande vivement ce pavé !

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Re: Qui se souvient des Hommes

Message par Admin le Jeu 9 Fév - 18:24

Excellente idée cher Jean-Baptiste, car sous les pavés la plage!

pirat

Ok...

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Re: Qui se souvient des Hommes

Message par pierre D le Ven 10 Fév - 6:54

le pere castor a raison;mais il parle d'autre chose!
au niveau de vecu ;
quelle peut etre l'action de l'Homme sur les civilisations ? scratch

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Re: Qui se souvient des Hommes

Message par Patrick Demange le Ven 10 Fév - 8:40

Merci à jean-Baptiste pour sa proposition... et à l'admin pour son humour !
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Re: Qui se souvient des Hommes

Message par Clémence le Ven 10 Fév - 20:17

Patrick D. a écrit: En fait, nous sommes complémentaires avec ce peuple, un janus à deux têtes. Ils sont en symbiose avec les éléments, nous autres modernes occidentaux avec la technique, l'idée parfois, je n'ose dire la marchandise...
Ce que vous écrivez me rappelle encore une fois Montaigne.
Ils sont sauvages, de même que nous appelons sauvages les fruits que nature, de soi et de son progrès ordinaire, a produits là où, à la vérité, ce sont ceux que nous avons altérés par notre artifice et détournés de l'ordre commun, que nous devrions appeler plutôt sauvages.[...] Ce n'est pas raison que l'art gagne le point d'honneur sur notre grande et puissante mère Nature. Nous avons tant rechargé la beauté et richesse de ses ouvrages par nos inventions, que nous l'avons du tout étouffée. Si est-ce que, partout où sa pureté reluit, elle fait merveilleuse honte à nos vaines et frivoles entreprises. [...] Tous nos efforts ne peuvent seulement arriver à représenter le nid du moindre oiselet, sa contexture, sa beauté et l'utilité de son usage, non pas la tissure de la chétive araignée.
Et de citer Properce :
« Le lierre vient mieux quand il vient de lui-même / L'arbouse croît plus belle aux antres solitaires / Et les oiseaux sans art n'en ont qu'un chant plus doux »
C'est extrait des Essais, au chapitre "Des cannibales" (!!)

Jean-Baptiste le livre est sans doute très instructif, mais ce qui serait formidable, c'est que vous nous en donniez quelques idées essentielles Very Happy

Pierre D a raison (pour une fois^^), il y a ici deux débats : Qu'est-ce qu'un homme (c'est-à-dire qu'est-ce qui fonde notre humanité ?) et Qu'est-ce qu'une civilisation ? Cette dernière est une notion difficile à définir, et vu l'actualité je pense quand même que le débat, s'il doit avoir lieu, sera mieux à la cave, ne serait-ce que pour pouvoir se servir un petit remontant de temps à autre !

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Re: Qui se souvient des Hommes

Message par Patrick Demange le Dim 12 Fév - 11:16

Merci Clémence pour ces précisions. Décidément, je devrait lire Montaigne ! Voilà qui manque à mon entendement...
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Re: Qui se souvient des Hommes

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